Science & Éducation

“Le système éducatif congolais connaît un rabais” (Tribune de Mingiedi Mbala )

Au cours de sa tribune du 14 octobre 2020, le penseur et Notable de Madimba Mingiedi Mbala N’zeteke Charlie argumente sur les habitudes scolaires pendant l’époque colonial et post colonial comparées à celle de cette époque contemporaine. Il finit par comprendre que le système éducatif congolais est au rabais parce que il est détruit par la généralisation de la corruption. Dans le développement de sa pensée, il parle des facteurs majeurs qui ont fait déposséder l’enseignant de son pouvoir devant l’élève et conseille à ne pas conduire l’enseignant à devenir anti-scolaire.

LA RENTRÉE SCOLAIRE OU ANTI-SCOLAIRE?????

Je me souviens de l’ambiance qui régnait pendant cette période de la rentrée scolaire… Des retrouvailles avec les anciens condisciples, des histoires qui se sont passées pendant les vacances, des opportunités de se faire des nouveaux amis, de découvrir des nouveaux visages des enseignants et surtout les nouvelles salles des classes ou écoles.

La rentrée scolaire rimait toujours avec l’enseignant, car tout le monde souhaitait avoir un enseignant moins sévère… À notre époque, nous avions un respect total envers nos enseignants. Et c’est même la raison pour laquelle nous assimilions très bien nos matières.

Qu’en est-il devenu ???

Je vais essayer de brosser un peu l’histoire de l’enseignement de notre cher pays pour permettre de comprendre le pourquoi de ce déclin du système éducatif de notre nation.
Le système éducatif que nous avons aujourd’hui, est l’héritage de l’Etat Indépendant du Congo donc l’oeuvre du roi des belges Léopold II, qui veut dire un bien public.
Dans l’E.I.C, ce sont surtout les missionnaires catholiques, qui ont bénéficié de l’autorisation spéciale élargissant la tutelle des pupilles de l’État aux associations religieuses.

C’est la convention de 1906 entre Vatican et l’E.I.C qui mettra en place la base du développement scolaire catholique en liant l’octroi de terres(à titre gratuit et propriété perpétuelle), un revenu aux missionnaires et la fondation d’écoles par les missions catholiques.

Les quelques écoles publiques fondées sous l’E.I.C et dirigées par les personnels laïcs, seront toutes transférées dès 1908, à congrégations enseignantes belges. S’installe ainsi la formule de l’enseignement officiel” au Congo-Belge, les religieux-enseignants y sont considérés comme des instituteurs par l’État qui assume toutes les charges scolaires.
Alphabétisation, évangélisation et civilisation ne font qu’un.

Il y aura des évolutions dans ce secteur :

Dans les années 1920, le régime de subventions est entièrement formalisé.
Les écoles libres catholiques et subventionnées étaient pleinement considérées comme relevant du domaine public par le gouvernement colonial alors que l’administration publique n’y exerçait qu’un contrôle lointain.

Dans les années 1940, leur autonomie est en effet très grande: elles gèrent et inspectent leurs propres écoles, aucun diplôme et qualification spécifiques ne sont exigés aux missionnaires pour l’enseignement, aux prêtres pour l’inspection.

Un pareil développement de l’enseignement missionnaire reposait sur une connivence étroite et systématique entre les missionnaires et l’administration civile qui n’était pas entièrement catholique.
La guerre entre les catholiques et, les libéraux et socialistes métropolitains va poussé l’enseignement catholique à négocier efficacement la relativisation de son hégémonie absolue.

Il apprend à surmonter ses divisions en créant en outre, “le bureau de l’enseignement catholique qui deviedra l’interlocuteur du gouvernement et quasi ministère de l’éducation nationale jusqu’aujourd’hui.

La constitution de 1964 consacrera la libérté d’enseignement et pluralisme scolaire dans le secteur subventionné comme dans le secteur non subventionné.

Au-delà de l’uniformisation du programme et d’une inspection officielle, l’enseignement catholique et protestant mais dans une moindre mesure, est largement reconnu, et subventionné par l’État, y compris la prise en charge des salaires des enseignants.

Le Mouvement Populaire de la Révolution décrétera en 1971, l’étatisation complète de l’éducation et la nationalisation des équipements scolaires.
Laïcité de l’État et authenticité sont proclamées.
L’enseignement décrété national au début des années 1960 ( 75% à 80% des effectifs dans le secteur catholique) doit être déconfessionnalisé!
Les réseaux doivent être dissouts. S’estimant menacée de la MPRisation, l’église catholique refuse la collaboration de ses personnels.

En 1977, le régime cède et restitue les écoles aux églises.
De nouvelles conventions distinctes sont passées entre l’État et quatre églises (incluant les cultes islamiques et kimbanguistes).
Elles confirment que le pouvoir organisateur et responsable unique de l’enseignement primaire reste l’État qui confie aux églises la gestion de leurs églises.

L’enseignement primaire congolais sera donc composé désormais de deux secteurs, le secteur public et le secteur privé.
L’enseignement public national dont le pouvoir organisateur est l’Etat, s’appuiera sur 5 réseaux, l’un géré par lui-même, les 4 autres, dits conventionnés qui ont une origine religieuse, seront gérés par les églises.

En l’absence d’une loi sanctionnant les termes des conventions, la confiance s’effiloche. Les pratiques comblent les lacunes juridiques jusqu’à aujourd’hui car la loi qui n’interviendra que 10 ans plus tard en 1986, ne réglera rien. Sa particularité est plutôt d’ouvrir le champ scolaire à l’initiative privée.

Les finances publiques sont alors déliquescentes, l’État ne tarde pas à être mis sous tutelle et sous ajustement structurel. L’incapacité de poursuivre la rémunération des enseignants se relève rapidement durable et met à mal définitivement les ambitions de l’État.

En 1992, après les pillages et les embargos qu’avaient subi le Zaïre, l’État ne savait plus payé les fonctionnaires, suite à une grève illimitée des enseignants non payés, la conférence épiscopale du Zaïre et l’Association Nationale des Parents d’Élève (ANAPE) entérinent la prise en charge des enseignants par les parents dans le réseau catholique sous forme d’une prime de motivation. La formule s’installe, prolifère et s’institutionnalise dans l’ensemble des réseaux jusqu’à l’arrivée de la gratuité de l’enseignement.

Si j’ai été long sur l’historique de notre système éducatif c’est pour permettre d’avoir une nette idée de ce qui nous arrive aujourd’hui.
Je remercie Mangez E; Mamdani M; Tshimanga C; et Busugutsala G.G; pour le travail abattu sur l’histoire de l’école congolaise.

Un sage chinois, il y a de cela plusieurs siècles; conseiller de son empereur confia à ce dernier :” Si vous voulez détruire un pays, inutile de faire une sanglante guerre qui pourrait durer des décennies et coûter cher en vies humaines. Il suffit de détruire son système éducatif et de généraliser la corruption. Ensuite, il faut attendre 20 ans et vous aurez un pays constitué d’ignorants et dirigé par des voleurs. Il vous sera facile de les vaincre.

Voilà ce qui est arrivé à notre pays, avec l’aide des néocolonialistes belges (qui n’ont jamais accepté notre indépendance), Mobutu et ses collaborateurs ont signé l’arrêt de mort de notre système éducatif et ont déblayé le terrain pour l’occupation étrangère dans notre pays.
Pour détruire le système éducatif de notre pays, ils ont commencé par priver l’enseignant de ses droits.

En le dépossédant de toute sa dignité, ils l’ont poussé à ne plus donner un bon rendement de lui-même. Je vais corroborer le récit de l’écrivain YASMINA KHADRA sur l’enseignant sud-coréen:
” Vous savez quel est le fonctionnaire le mieux payé en Corée du Sud ?
C’est l’enseignant. Pour avoir le statut d’enseignant en Corée, il faut vraiment se lever très très très tôt.
Et c’est comme ça que la Corée, en espace d’une génération, elle est sortie de l’abîme et elle est devenue une lumière.
Parce que tout commence à l’école.
Il faut rendre l’autorité à l’enseignant.
Vous avez l’État a dépossédé l’enseignant de son autorité sur les élèves.
De mon temps, de ma génération regarder le professeur dans les yeux, c’était une profanation.
Aujourd’hui, le professeur il ne peut rien faire à l’élève et c’est l’élève qui le bât.
C’est lui qui va se plaindre parce qu’il a été agressé par ses élèves.
Ils ont appauvri le côté charismatique du professeur à l’école.
C’est tout. Il faut tout simplement rendre au professeur ce qui fait de lui un professeur, c’est-à-dire un PHARE, quelqu’un qui oriente une jeunesse vers quelque chose de merveilleux.”

Cette rentrée scolaire est un autre fiasco, car j’ai eu le temps de lire plusieurs annonces des syndicalistes des enseignants: Dynamique des Enseignants des Écoles Publiques du Congo (DEEPC), l’Intersyndicale du Haut-Katanga A.E.CO-SEYCO-SYNECATH, l’Intersyndicale SUD-KIVU 2… la liste n’est pas exhaustive.
Tous réclament une seule chose: ” LEUR SALAIRE et surtout LEURS ARRIÉRÉS DE SALAIRES.”

Tout en martelant ceci:
” Nous soutenons la gratuité de l’enseignement mais, nous n’enseignerons pas gratuitement. (Cfr. Constitution art.36).
Je recommande aux autorités compétentes de la RDC de choisir dans l’avenir un enseignant comme patron de l’EPST et de réduire les émoluments des députés pour faire des enseignants, les fonctionnaires les mieux payés de la RDC pour un enseignement de qualité.
Pour nos députés, ils doivent savoir qu’on ne vient s’enrichir dans la politique.

Eux et moi-même, si nous sommes ce qu’on est aujourd’hui c’est grâce aux enseignants auxquels nous devons encore et toujours un grand respect.
Nous leurs devons une éternelle gratitude.

Arrêtons et surtout évitons de pousser nos enseignants à devenir des ANTI-SCOLAIRE !!!!

Activiste, penseur et Notable de Madimba Mingiedi Mbala N’zeteke Charlie Jephthé”.

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